27 juillet 1214 : la défaite de Bouvines{0}

Il y a huit siècles, les troupes du roi de France passaient les Lillois au fil de l’épée, ravageaient notre région, et semaient la désolation avec la bénédiction du pape.

Aujourd’hui, on nous demande de danser sur les os de nos ancêtres Flamands, Artésiens et Hennuyers battus lors de cette bataille.

Le fameux « devoir de mémoire » devrait tempérer les cocoricos des amnésiques, et inciter plutôt au recueillement sur ce qui a été vécu comme une défaite par nos ancêtres.

                                                                                                                                      AW

Le 18 octobre 1913, l’Allemagne, pour célébrer le centenaire (jour pour jour) de la bataille de Leipzig, connue sous le  nom de « Bataille des Nations », inaugurait sur le champ de bataille de Leipzig un monument (Völkerschlachtdenkmal) qui avait demandé quinze ans de travaux. C’est le plus grand et le plus haut mémorial de ce type jamais construit, dédié aux peuples vainqueurs de Napoléon: Prussiens, Saxons, Autrichiens, et à l’amitié germano-russe. Cette bataille de Leipzig avait été le signal du réveil des peuples européens contre l’empereur Napoléon et son ambition d’asservir l’Europe aux idéaux révolutionnaires.

L’année suivante, en 1914, pour répondre à l’affirmation nationale allemande par un geste de défi national français, le gouvernement de la IIIe  République décida d’ériger un monument en l’honneur de Philippe Auguste sur le champ de bataille de Bouvines, « première victoire de la France sur l’Allemagne ». L’entrée en guerre changea bien sûr le programme. On se contenta de commémorations.

Il n’y eu pas unanimité dans la célébration. L’abbé Jules Lemire, député d’Hazebrouck, père notamment des jardins ouvriers, avait déclaré, à juste titre, qu’il était indécent d’inviter les Flamands à danser sur le dos de leurs ancêtres. Ce curé était républicain, populaire, et chantre de sa petite patrie, la nôtre, la Flandre.

Il faut en effet rappeler le contexte de cette bataille. Si le comte de Flandre était vassal du roi de France, la Flandre ne dépendait pas de la couronne de France : rien n’obligeait Ferrand du Portugal, comte de Flandre, à participer aux préparatifs d’une guerre contre l’Angleterre que projetait Philippe-Auguste. Cette guerre ne pouvait être que néfaste à l’activité industrielle textile des Flamands qui avaient grand besoin des laines anglaises. Pour contrer l’expansionnisme royal, il décida donc d’entrer dans la coalition européenne dirigée par l’empereur Otton IV et Jean sans Terre, roi d’Angleterre, avec le renfort du duc de Brabant, du comte de Hollande, des comtes rhénans et saxons, et des communiers flamands et brabançons.

Furieux, Philippe-le-belliqueux se rua alors sur la Flandre par terre et par mer. Ses armées dévastèrent Damme, Gravelines, Cassel, Steenvoorde, Ypres, Bruges. Audenarde, Courtrai et Douai furent pillées. Lille coupable d’être restée fidèle au comte de Flandre fut ravagée. Le roi de France « vendit d’ailleurs grand nombre de Lillois à tout acheteur pour être à jamais esclaves, les marquant du fer brûlant de la servitude. » (la Philippide, récit du témoin Guillaume Le Breton, à la gloire de Philippe Auguste).

Pour écarter toute menace ultérieure du souverain français, les coalisés souhaitaient démembrer la France en cas de victoire. Mais c’est Philippe Auguste qui fut vainqueur.

La Guerre de Cent Ans et ses nombreuses batailles firent oublier Bouvines pour quelques siècles. On lui redécouvrit des vertus quand l’ennemi allemand se mit à supplanter l’anglais dans le roman national.

Extraits de l’Histoire de Flandre, de Saint-Léger :

Avant 1214 : 1213 « L’année terrible »

« Le premier quart du XIIIe siècle est une des périodes les plus sombres dans l’histoire de la région du Nord : les campagnes furent ravagées et les villes assiégées à plusieurs reprises. En particulier dans le cours de l’année 1213, Lille fut prise, reprise, puis prise à nouveau et détruite complètement […] Philippe-Auguste avait été chargé par le pape Innocent III de détrôner Jean-sans-Terre ; il réunit à Boulogne une flotte et une armée. Mais le roi d’Angleterre s’étant soumis au pape le 13 mai 1213, le pape décommanda cette croisade, et Philippe-Auguste tourna ses armes contre le Comté de Flandre qui avait refusé de fournir un contingent à l’expédition. Le 22 mai 1213, l’armée royale entra en Flandre et s’empara de Cassel, Ypres, Bruges, Gand. La flotte française assiégea Damme, l’avant-port de Bruges, mais elle fut incendiée par une flotte anglaise (30 mai). Philippe-Auguste se fit donner des otages par Bruges, Gand, Ypres, puis, revenant vers le sud, il prit Courtrai qui fut pillée et incendiée, Lille et Douai. Lille soutint un siège de trois jours avant de se rendre en juin […] La conquête n’était pas durable, et Ferrand reprit vite possession de son comté quand le roi fut rentré en France. Bruges et Gand se rendirent après une courte résistance ; Ypres l’accueillit avec joie. [Lille ne fut reprise que le 30 septembre].

1214 : le retour de l’Auguste

A l’annonce de l’approche de l’armée royale, Ferrand, qui était malade, se fit porter en litière hors de la ville et s’en alla « en la profonde Flandre ». La défense de la ville était rendue impossible d’ailleurs par ce fait que la citadelle de Dérégnau permettait aux troupes françaises d’y pénétrer : la ville était ouverte. Tous les bourgeois valides sortirent de Lille à la suite de l’armée flamande, emportant leurs objets les plus précieux. Le lendemain de l’exode, Philippe-Auguste entra à Lille ; il n’y trouva que des malades, les vieillards, les infirmes ; il ne rencontra pas la moindre résistance. Mais il voulut tirer une vengeance éclatante de ce qu’il appelait la trahison des Lillois. La ville fut incendiée, sans doute après avoir été pillée […] Guillaume Le Breton donne des détails extrêmement nombreux de la plus folle imagination : la ville aurait été complètement détruite ; toutes les maisons brûlées parce que le vent soufflait très fort ; le sol bourbeux, en séchant, dégageait des vapeurs qui formaient des nuages très épais. Le roi ne voulait pas qu’il resta à Lille un endroit habitable pour un seul Flamand […] Ferrand, pour se venger, s’allia avec Jean-sans-Terre, l’empereur Otton IV, et le Comte de Boulogne Renaud de Dammartin.

L’affrontement des armées à Bouvines fait suite à ce carnage.